Skip to content

Fr. 886

April 25, 2019

Mes recherches m’ont conduit à la conclusion que Rawls et Stout (dans leur œuvre tardive) s’affrontent à la même question : comment la personne peut-elle justifier la forme actuelle et future des lois, statuts et institutions de sa société ? En d’autres termes, les deux auteurs admettent qu’il existe une exigence de justification fondamentale. Dès lors que la personne tente de répondre à son interlocuteur, quelle que soit la nature de la réponse, il entre dans la logique de cette exigence et devrait tenter donner satisfaction à son interlocuteur.
Pour les deux auteurs, cette tentative passera par les perspectives dont j’ai exposé les éléments principaux en haut. Les trois perspectives de Rawls répondraient à cette exigence de justification fondamentale en privilégiant un raisonnement accessible à toute personne habitant une société démocratique et axé sur une critique des injustices actuelles par les principes et idéaux de la justice. Ainsi, les perspectives ralwsiennes s’abstrait dans une certaine mesure à la société dans laquelle la personne entreprend sa réflexion afin de garder une distance critique et de faciliter une tâche justificatrice sans que la réponse à laquelle la personne aboutit soit prédéterminée par la forme actuelle de sa société ni par son propre contexte cognitif.
On peut opposer à la réponse rawlsienne la stratégie de Stout qui consiste à provoquer la transformation des perspectives individuelles d’une autre façon encore. Suivant cette stratégie, la personne leur exposerait les véritables raisons pour sa position politique et, par la suite, adapterait ses raisons et arguments pour sa position au contexte cognitif et à l’économie conceptuelle de ses interlocuteurs. Puisque ces derniers adopteraient la même stratégie envers la première, il en résulterait un échange libre et ouvert au cours duquel les positions des uns et des autres deviendraient mutuellement intelligibles (du moins dans une certaine mesure) et susceptibles de transformations imprévues.
Ainsi, que ce soit les trois perspectives articulées de Rawls ou par les perspectives individuelles de Stout, la réponse à l’exigence de justification fondamentale passerait par les perspectives. Malgré cet point commun, la présentation ci-dessus ferait croire au lecteur qu’il est impossible d’envisager une synthèse des approches des auteurs, car ceux-ci sont contraints de formuler des stratégies parallèles même s’ils restent l’un et l’autre sensibles à l’approche inverse. Bien que les deux auteurs saisissent un élément clé de la vie en société démocratique contemporaine, sans possibilité de synthèse, il s’ensuivrait que le lecteur ne peut que choisir la stratégie des deux qui semble la plus appropriée pour déterminer la forme de la justification des lois, statuts et institutions dans sa société. Or, cette conclusion est hâtive et sans fondement tant que l’on n’aura pas épuisé toutes les possibilités de convergence. La Partie III s’engage justement à explorer ces possibilités
Une approche synthétique comprendrait trois éléments : une épistémologie dont émerge une forme de justification convenable aux deux auteurs ; une vision du discours politique qui met en application cette forme de justification ; un ensemble de principes pour les institutions publiques qui respecte à la fois la forme de justification visée et la vision du discours à promouvoir. Le chapitre 7 prendra pour cible la notion de justification et partira d’une critique fondamentale du critère justificateur « raisonnable » – que les auteurs interprètent de façon divergente – pour affaiblir l’exigence rawlsienne de la coopération et introduire un pluralisme de sens du critère « raisonnable », ce qui ouvre la voie à une épistémologie intermédiaire basée sur le nominalisme moral de Christopher McMahon et l’image sociale du la raison de Anthony Laden. Cette épistémologie prend la forme du « point de vue de n’importe où » (en opposition au « point de vue de nulle part » de Thomas Nagel).
Le chapitre 8 pivote de la forme de la justification à celle du discours. Dans ce chapitre, je maintiens que, une fois que l’on admet ce pluralisme, la « raison publique » de Rawls bascule dans une « raison de perspective publique » dont les critères de publicité sont relâchés, à savoir plus indéterminés et orientés vers l’avenir. Le chapitre 9 prend le relais et propose un ensemble de principes pour des institutions susceptibles de promouvoir cette forme du discours. Cet ensemble de principes découlerait de deux constats : les libertés et les droits du régime libéral dépendraient d’un soutien républicain, comme le propose Stout ; le libéralisme politique rawlsien n’exclut pas nécessairement un perfectionnisme modeste. Tout compte fait, il serait possible d’envisager une société politique et une culture démocratique visant à la fois les libertés égales, la citoyenneté républicaine et l’excellence humaine : un régime de « perfectionnisme politique ».

Advertisements

Travelogue K3

April 24, 2019

22.10

This morning began with the short walk to a nearby bus-stop where we queued with the morning commuters as they filed one-by-one into the bus and through the gate cunningly built into the bus-shelter. Mid-morning saw us braving the crowds before the golden idol of Kinkaku-ji, the three-story gold leaf pavilion at the center of an artificial pond. It struck me that the recent wave of tourism had perhaps made the container – the pavilion – as much an object of worship as that which it contained – Buddhist relics. I remarked to my companion that one could imagine how the onlookers’ intense regards and unceasing photographs might concentrated in such a way to burnish and make gleam all the more the pavilion’s pure gold leaf. After some minutes, we moved on to complete our circuit of the gardens, stopping at several points to cast unsuccessfully five-yen coins into waiting bowls and pots for good fortune. Back at the entrance, we bid farewell to the Pure Land’s earthly manifestation, burning as it were through the barrier between this world and one higher.  We turned our feet west and carried onwards to Ryoan-ji where we circled the scattered islands of its pond and subdued moss-covered grounds. We halted at one point to watch, some way off the path, two men in broad hats extricate stray leaves from moss and deposit them in a blue plastic basket near at hand. In time we came to the rock gardens, known the world over, and allowed our eyes to sweep along the uniform raking, wondering whether the pattern is ever the same. In the end, we tried the question out for a few minutes over lunch. While our hands busied themselves with chopsticks grasping at yodofu (boiled tofu) and pickled vegetables, our eyes were cast upon the soft contours of a well-modelled water garden, its repose only disturbed by pockets of water torn from the surface by an avid gulping carp. It was with some disappointment that we tore ourselves away and headed back to the city center in a rush with the hopes of seeing something of the Matsuri Jidai (era festival), held every year to commemorate the city’s birth. Upon exiting the subway and reaching the surface, we were unsure which epoch we had been thrown into and were left to piece it together from a series of twenty costumes of flowing robes, tall hats and piercing colors, which, by all accounts, had been painstakingly examined by the festival experts to ensure accurate historical representation. At some point, we had to break away to keep our last appointment of the day: a tea ceremony in a traditional teahouse tucked away in a small garden lost in a block of towering twentieth-century constructions.

Fr. 885

April 23, 2019

Le travail a commencé par la lecture de l’œuvre de Rawls en vue de la rédaction de la première partie. Vu l’ampleur de cette œuvre (environ 3000 pages en langue originale), il était essentiel d’en cibler les notions les plus pertinentes à mon projet de recherche, en l’occurrence, la notion de « perspective » ou « point de vue » dans son rapport à la justification des projets de loi, statuts, institutions, etc. Chez Rawls, ces perspectives sont trois en nombre (Political Liberalism : 28, 70): 1.) « you and me » ; 2.) « the representative party » ; 3.) « the citizen in a well-ordered society ». En fait, ces perspectives sont issues de trois stratégies justificatrices différentes : a.) l’équilibre réfléchi ; b.) la position originelle ; c.) la raison publique. Alors que les trois perspectives ne reçoivent pas d’exposition systématique dans l’œuvre rawlsienne et sont relativement absentes de la littérature secondaire, les trois stratégies justificatrices sont presque omniprésentes chez Rawls et ont été le sujet d’un traitement approfondi par maintes commentateurs.
Alors, deux questions se sont vites imposées à ce volet de la thèse : i.) « si les trois perspectives ont un rôle important dans la justification de tout projet de loi, statut, institution, etc., pourquoi ces perspectives ne sont-elles approfondies ni dans l’œuvre de Rawls ni dans la littérature secondaire ? » ; ii.) « le contenu des trois perspectives est-il épuisé par les trois stratégies justificatrices et, sinon, que ces perspectives peuvent-elles apporter au projet de Rawls ? » . A la première question, je réponds, d’une part, que, dans une œuvre aussi riche que celle de Rawls, il n’est pas surprenant que certaines notions sont relativement peu développées et, d’autre part, que les commentateurs ont surtout privilégié les principes régissant les stratégies justificatrices au profit des raisons et arguments qui en résultent sans, pour autant, approfondir les mécanismes par lesquels les personnes arrivent à formuler ces raisons et arguments. D’où ma réponse à la deuxième question : les perspectives permettent de reconstruire une séquence de points de vue structurée et accessible grâce à laquelle une personne issue de n’importe quel contexte peut commencer à élaborer des raisons et des arguments pour justifier un projet de loi, statut, institution, etc. Par ailleurs, une des perspectives, « you and me », sert de clé de voûte au projet plus large de « justice comme équité » dans le sens où ce n’est que depuis ce point de vue que l’on accède à une justification complète d’une conception politique de la justice.
Si c’est le caractère unifié de l’œuvre rawlsienne qui a posé problème pour la Partie I, il s’est révélé le contraire pour la Partie II, car l’œuvre de Stout ne manifeste pas la même systématicité. Hormis ce manque de systématicité, son œuvre n’a pas encore été l’objet exclusif d’un ouvrage secondaire et il existe alors une pénurie de références compréhensives pour remettre de l’ordre dans cette œuvre hétéroclite. Étant donné son hétérogénéité et l’absence de guides, l’œuvre de Stout a donc présenté deux difficultés qui se sont révélées une : trouver une thématique parcourant les différents ouvrages de Stout, une tentative qui lui restitue une certaine systématicité sous forme d’une tentative d’exhaustivité. En fin de compte, j’ai pu mieux situer les ouvrages les uns par rapport aux autres en mettant l’accent sur les notions de justification, perspective et individu.
Bien que cet accent suggère une certaine affinité entre le raisonnement de Stout et celui de Rawls, la Partie II a également souligné à quel points ces notions connaissent des développements divergents. Tandis que Rawls conçoit les perspectives comme autant de mécanismes par lesquels on peut mieux formuler des raisons et arguments en faveur d’une certaine vision d’institutions, politiques et statuts et qui ne sont pas issues d’un certain contexte socio-culturel, Stout prend le chemin inverse en tant qu’il maintient que l’on ne peut formuler de tels raisons et arguments qu’à partir de son contexte cognitif avec l’aide de l’économie conceptuelle qui lui est propre. Cela n’empêche pas pour autant de transformer son contexte cognitif afin d’articuler des raisons et arguments plus adéquates. Mais cette transformation prend la forme d’une série de menues transformations à travers le temps et non pas celle d’une perspective définie en avance par le philosophe.
Cette divergence entre les compréhensions de « perspective » chez Rawls et Stout émerge d’une lecture reconstructrice de l’œuvre de Stout. Si The Flight from Authority pose les bases d’une épistémologie générale dont le noyau consiste en une « perspective individuelle » et Ethics after Babel en tire les conséquences pour le discours éthique confronté à une multiplicité de « langues morales », ce n’est qu’avec la parution de Democracy and Tradition que Stout s’oppose explicitement au projet politique de Rawls et, pour ce faire, met en œuvre la notion de perspective à la fois individuelle et démocratique. Plus précisément, par le biais de cette perspective individuelle démocratique, la justification de projets de loi, statut, institution, etc. prend la forme d’un discours non-commensurable qui n’est soumise à aucune contrainte ex ante et qui cherche à promouvoir la résistance, la cultivation de soi et la nouveauté. Vu sous cette angle, Blessed are the Organized présente au lecteur une vision concrète (quoique approximative) de la société civile au centre de laquelle figure l’échange entre les perspectives individuelles.

Travelogue K2

April 22, 2019

21.10

We woke to the sun breaking over the community building and cypress lot across the way.  Now that reality had set in, we could take our time and linger over the unfamiliar, from the screen-windows to the morning greeting and traffic patterns. Our first full day was spent in an ever expanding spiral as we worked our way out from the guesthouse to Higashiyama and, later, Gion.  Our feet carried us to a ten-course tofu lunch in an elevated tatami room under the walls of which the waiters carefully tucked our shoes for the duration of the meal. From the restaurant’s lone tree, stone walk and cloth-draped gate, it was not far to Chion-in, one of the temples on our list, so we made short work of the slightly uphill path. To our disappointment, its elaborate carvings and peaked eaves were rather obscured by scaffolding and netting, as proved to be the case in other locations in the run-up to the 2020 Olympics. Farther back in the complex, we paused for a time before its wedding shrine from where it was possible to call upon the resident kami for good fortune. After a short climb, we bent our course northward and forged on to Heian Jingu, the city’s own commemorative shrine. A great many visitors milled about upon the raised platform linking the shrine’s mirrored wings as they awaited their turn for prayer and fortunes. Though we did not join them in their wait, we drew nearer to watch more closely the bell and rope, the slatted wooden boxes for coins, the clap and bow. Back down from the platform, we were delayed by the sight of two clusters of trees sporting paper leaves, or so it appeared. Upon closer inspection, the paper leaves turned out to be o-mikuji or fortunes written on strips of paper and obtained at random – in this instance, by picking a number – from a box in exchange for a small offering. I was surprised that evening when I learned via the internet that the o-mikuji might be bound to the branch whether it was good or bad and part of me could not help but suspect some Japanese sophistry. Regardless, we left the bobbing paper branches behind and traced the north-south length of the Kano River, moving with measured steps towards a an appointment with a sesame restaurant which we would miss to our regret.

 

97

April 19, 2019

qui sait combien
d’ouvriers de la soie
ont dû tomber
dans la cour des voraces
ce puits de neuf étages
les visages de la misère
en chute continue
les fleurs de cerisier

Travelogue K1

April 18, 2019

20.10

Today marked our arrival in Narita. The following two hours were spent escaping the gates of NRT and its many morning queues. From the train, we passed the hour-long ride spying rice paddies and peaked tiled roofs, whipping past much like the elaborate backdrop from an elaborate film set. No sooner arrived in Tokyo than we were again underway from Shinagawa to Kyoto. In the shinkansen (a Hikari Express), I brought my mental affliction with me, for I was still unable to shake the impression of being an unwitting extra in a film, a motionless point at the center of a moving band of unreality. I could only wonder at what point it would finally hit home that, after several years spent alternating between bouts of idle yearning and focused planning, I had at last set foot in Japan. Thankfully, the wait was mere hours rather than days as, that evening, the world around began to shed its unreality. The thought “here I am” settled over me as we walked a street along which cars flowed in the opposite direction from that of my adopted home. That same thought dug in, never to let go, when we turned down an “alley” (a loose concept without a proper referent in Japan, as I later realized) to find ourselves at the door of a restaurant where shoes came off before setting foot inside. Legs folded beneath the table, I cast my thoughts back over the day of travel. Linguistically, I had made do: making my ticketing mistake understood to the agent at the subway gate; interpreting the hand gesture for boiling; deploying my input expressions the output of which I would, however, never understand, at least not at this time. On the walk back to the inn, I was confronted with the feeling of being the only Westerner in sight, the final piece to my realization of leaving behind the known.

Fr. 884

April 17, 2019

A dissertation often seems more a matter of what one is unable to treat and so must leave out than it is a matter of what aims to do and so includes. My own sets out from a number of assumptions and turns away from foundational challenges which might reveal the entire endeavor to be unfounded.

Assumption 1: Deliberative democracy is a viable democratic theory and approach to political institutions in that it can overcome psychological phenomena affecting deliberation like motivated reasoning (Bagg 2018) and adaptive preferences (Terlazzo 2017).

Assumption 2: The systems approach to deliberative democracy is a distinct, sustainable contribution to this democratic theory and provides a new, determinative way forward which does not consist in a merely arid functionalism which allows one to cook the theoretical books or reinflate the democratic balloon to one’s liking.

Assumption 3: People are rightly invested in their efforts to search for shared reasons justifying state institutions and state actions, reasons which enable them to identify to some degree with those institutions and actions (contra Levy 2017).

Assumption 4: There exists something like a basic justificatory demand (Wolff 2019) which citizens both attempt and ought to meet in giving one another reasons for the arrangement of their political institutions, policies and statutes.

Were one to take away one of these assumptions, the project would be either be threefold longer or, instead, sorely undermotivated.