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Fr. 158

June 27, 2012

Le sens en tant que choix fait aussi partie constituante de l’acte de problématisation tant que ce dernier entraîne toujours une évaluation dans une sélection selon une hiérarchie, quelle qu’elle soit. Dans la mesure où la problématisation répartit le singulier et le régulier, l’intéressant et l’intéressant, une volonté s’exerce et un sens s’instaure. Deleuze en écrit ailleurs, particulièrement dans Cinéma 2: L’image-temps aux pages 230-1, où il fait remarquer:

“Ce qui caractérise le problème, c’est qu’il inséparable d’un choix. En mathématiques, couper une ligne droite en deux parties égales est un problème, parce qu’on peut la couper en parties inégales…Or, quand le problème porte sur des déterminations existentielles et non pas sur des choses mathématiques, on voit bien que le choix s’identifie de plus en plus à la pensée vivante, à une insondable décision. Le choix ne porte plus sur tel ou tel terme, mais sur le mode d’existence de celui qui choisit” (IT, 230).

Dans ce passage, Deleuze finit par montrer combien le sens du pari de Pascal ne porte pas sur l’existence de Dieu mais sur le mode d’existence de celui qui choisit.

Or, d’où le sujet peut-il tirer un critère pour déterminer la vérité ou la fausseté d’une problématique par rapport à une autre? Si Deleuze parle de porter l’épreuve du vrai dans le problème lui-mêle, il entend par cela que la manière dont le problème a été formulée est le seul moyen du juger de sa vérité. Si la position de ce problème relève d’une nécessité, d’une rencontre avec un dehors qui fait violence à la pensée, fait penser la pensée, le problème est alors vrai. En bref, le critère est “l’effectivité d’un acte de penser qui introduit une hiéarchie dans le donnée”, à savoir “la violence et la nouveauté” (37). A l’adéquation substitue une création qui naît de l’extériorité et de la contingence, une manière de penser autrement. Cette réponse peut sembler banale. Par ailleurs, sa banalité apparente consiste en la manière dont elle semble réduire la vérité à une simple nouveauté, au divertissement si l’on peut dire.

D’un côté, il faut rappeler que le problème ne se mesure pas à une réalité qui est une instance neutre; l’évaluation n’est pas la récognition d’une instance préexistante. D’autre côté, l’identification du faux problème en tant que tel est lié à une critique du négatif. Par contre, cette critique elle-même part d’une théorie des signes en tant que points de vue qu’il va falloir aborder avant qu’on puisse considérer la question du négatif.

Avant tout, il faut remarquer que la question de l’existence du monde n’est pas en jeu ici. Deleuze est empiriste dans la mesure où il affirme le concept comme étant l’objet d’une rencontre. Pourtant, Deleuze précise que, dans la rencontre, s’il s’agit d’un empirisme supérieur ou transcendantal; cette qualification découle du statut du sujet et de la représentation lors de cette rencontre. Tant que la pensée est censée entrer en rapport avec un élément inconnu, on peut se demander quelles sont les conditions qui sous-tendent la rencontre. La contiguïté ou la mêmeté (pour emprunter ce terme à Paul Ricoeur) du monde dérive de l’influence de la représentation qui “subordonne le divers à la condition homogénéisante d’un point de vue unique” (39). Ainsi, la pensée est condamnée à l’exercice stérile et inutile de la récognition; la diversité du divers n’est relative “tant qu’on ne fait pas jouer la différence des points de vue” (ibid.)

Ce que Deleuze envisage ici est une sorte de position excentrique par rapport au sujet et à la représentation. Il est surtout question des perspectives, ce qui mène l’auteur à formuler un perspectivisme qui débouche sur une perspective qui n’est pas celle d’un sujet, d’un moi. Zourabichvili le résume ainsi:

“Penser déplace la position subjective: non pas que le sujet promène son identité parmi les choses, mais l’individuation d’un nouvel objet ne se sépare pas d’une nouvelle individuation du sujet. Ce dernier va de point de vue en point de vue, mais au lieu de donner sur des choses supposées neutres et extérieures, ces points de vue sont ceux des choses mêmes. Toutefois le point de vu ne se confond pas avec le sujet pour s’opposer à l’objet (‘relativité du vrai’); il préside au contraire à leur double individuation (‘vérité du relatif’)…Aussi l’extériorité relative du monde représenté, non seulement des choses extérieures par rapport au sujet mais des choses extérieures les unes par rapport aux autres, se dépasse-t-elle vers une extériorité plus profonde, absolue: pure hétérogénéité de plans ou de perspectives” (39).

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