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Fr. 329

May 22, 2013

Si tout domaine peut très bien se rendre compte au fur et à mesure des prétentions des autres domaines à un même objet litigieux, reste que chaque domaine ne cesse d’y prétendre comme si son exprimable, à savoir la condition sous laquelle il parvient à déterminer et à exprimer cet objet, le déterminait mieux. Par ailleurs, si le domaine en question accorde aux autres domaines un même droit de détermination, cela n’empêche pas qu’au niveau de son fonctionnement, ce domaine continue de procéder comme si sa condition de détermination et d’expression était la bonne, ce qui fait que, effectivement parlant, tout domaine revendique son droit de détermination prépondérant. En tant que domaine de détermination qui tend sans cesse vers cet indéterminable, il ne saurait faire autrement. Cela est un problème auquel le concept de concept lui-même devrait faire face en tant qu’il prétend cerner enfin le propre de l’indéterminable qui fait problème pour les déterminations

Mais pourquoi parle-t-on de l’indéterminable au lieu d’un simple indéterminé? Si une détermination quelconque laisse toujours de l’indéterminé, de l’inexprimé, de l’impensé, cela est parce qu’il y a quelque chose dans l’indéterminé qui résiste à la détermination, qui ne fait pas partie d’un déterminable quelconque et qui est par là même indéterminable. Autrement dit, la détermination ne détermine jamais pleinement l’indéterminé et ne parvient non plus à combler le vide de l’objet litigieux, cet indéterminé devenu indéterminable. De même, dans l’expression et dans la pensée, l’acteur exprimant et pensant se face à un inexprimable et à un impensable, non seulement à un inexprimé et à un impensé. En bref, à la base de toute détermination se trouve un vide.

Or, cette étude n’est pas la première à supposer un vide de ce genre. En vérité, Philippe Mengue s’est aussi consacré à la question du vide par rapport dans l’oeuvre de Deleuze, bien que Mengue part d’une conception plutôt politique de cette notion, à savoir le vide par rapport à la démocratie. Sur quoi se base la démocratie contemporaine selon Mengue? Les fonctions du plan doxique nécessite une orientation excentrique et « ont pour centre ou fondement non fondant: le vide »1. Mengue pousse cette notion du vide plus loin en maintenant que le régime démocratique est « fondé sur le vide de savoir sur ce que doit être l’être ensemble » de cette communauté2. Ce vide de savoir fonde la discussion critique de tout idéal dans l’échange des opinions et des petits récits. Il faut rappeler que la démocratie n’est pas un régime agnostique ni gnostique; elle est poly-gnostique, si l’on ose dire. Cela caractérise précisément sa perspective excentrique.

1 Mengue P., Utopies et devenirs deleuziens, op. cit., p. 106. Quant au plan dit doxique, Mengue soutient que Deleuze méprise trop l’opinion et les « petits récits » qui tissent les rapports entre les individus dans un état politique. Sur cette critique, voir la conclusion de cet ouvrage ayant pour titre « Utopies et démocratie » dans ibid., pp. 99-109.

2 Ibid., p. 106.

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