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Fr. 587

December 24, 2014

Yoga, écrit par Tara Michaël, propose de résumer pour le lecteur occidental la philosophie indienne du Yoga d’une façon à la fois approfondie et brève. D’une part, l’auteur reconnait implicitement la nécessité d’une certaine concision pour que le lecteur puisse saisir le sens du système du Yoga. Michaël cherche aussi à distinguer de manière précise la pratique actuelle du Yoga dans l’Ouest de l’enseignement classique en Inde antique. D’autre part, Michaël essaie de donner au lecteur une connaissance assez profonde. Une telle connaissance, peut servir de base pour examiner soigneusement le Yoga et ses branches diverses avec l’aide des textes et des commentaires d’origine indienne.

Ainsi, l’auteur cherche à approfondir plusieurs éléments fondamentaux du Yoga parmi lesquels deux sont essentiels à une compréhension de cette philosophie. En premier lieu, Michaël souligne le rapport étroit et complémentaire entre le Sâmkhya1 et le Yoga ; on examinera la manière dont l’auteur traite cette complémentarité entre les deux philosophies dans la première partie. En second lieu, Michaël met l’accent sur le lien entre l’organisation des branches du Yoga et la constitution de la société indienne ; donc, nous traiterons donc l’approfondissement de ce lien dans la deuxième partie. Ainsi, ces deux aspects de Yoga offrent les bases nécessaires pour traiter le Yoga d’une manière cohérente et complète.

Michaël commence par évoquer les sources classiques qui énoncent une telle relation entre les deux. En même temps, l’auteur note que ces deux enseignements « sont souvent considérés comme les deux aspects, l’un théorique, l’autre pratique, d’une même doctrine » (Michaël, 22). Mais son analyse évoque un rapport encore plus étroit entre les deux.

Bien que le Sâmkhya se pose comme un système complet, se suffisant à lui-même, pour permettre à l’homme d’atteindre le but ultime de l’existence, il trouve son application naturelle dans les méthodes du Yoga, et tout l’effort du yogin…est incompréhensible si l’on n’a pas accepté préalablement les données fondamentales établies par le Sâmkhya. Toutefois, il n’est pas rare qu’on voie des chercheurs se lancer dans une étude du Yoga sans avoir pleinement saisi les principes du Sâmkhya, et à cause de cela même, s’arrêter ou se perdre en chemin (23).

Clairement, l’auteur reprend la relation théorique-pratique complémentaire qu’on trouve dans les textes indiens. Par conséquent, l’auteur souligne que le Sâmkhya se suffit « à lui-même » pour « atteindre le but ultime de l’existence » sans recours à un enseignement supplémentaire. Cependant, le Sâmkhya indique une seule voie pour atteindre ce but : « la méditation ininterrompue sur les principes de la doctrine, grâce à l’enseignement oral d’un maître, avec le support des textes traditionnels, et l’aide d’amis authentiques qui ont compris la vérité » (66).

Il faut remarquer deux éléments essentiels de cette voie. Premièrement, à cause de sa nature abstraite et fortement théorique, il manque aux non-initiés la capacité de atteindre pleinement cette vérité. Deuxièmement, les moyens nécessaires à « la méditation ininterrompue » n’appartiennent pas à tous les niveaux de la société indienne ; par conséquent, cette voie se limite à une certaine caste apte à renoncer au monde social (et, donc, dans une certaine mesure de ressources pour se subvenir à ses besoins) pour poursuivre un tel chemin.

Donc, l’existence du Yoga et « son application naturelle » en ce qui concerne les enseignements théoriques du Sâmkhya ne suggèrent rien d’autre qu’une dépendance de ce dernier par rapport au Yoga. Cette dépendance consiste précisément dans la façon dont les branches du Yoga permettent au Sâmkhya d’atteindre une réalité objective dans la vie de toute personne. Autrement dit, les pratiques du Yoga rendent manifestes les enseignements du Sâmkhya dans la vie interne et externe du yogin, une possibilité ouverte à toute personne engagée dans les branches différentes de cet enseignement. Dans la mesure où la conscience inhérente du Sâmkhya dans les bases du Yoga se manifeste dans les actions, les pensées, et les sentiments du yogin envers le monde, le Sâmkhya atteint une réalité objective dans l’esprit et la vie humaine. Cette réalité est précisément ce qui manque au Yoga du Sâmkhya, ainsi nommé par le Bhagavad-Gîtâ ; l’absence de cette réalité constitue le vide théorique du Sâmkhya.

Par ailleurs, les fondations philosophiques du Sâmkhya renforcent cette notion de dépendance. Le Sâmkhya est essentiellement une philosophie idéaliste, c’est-à-dire quil énonce l’existence d’une réalité plus fondamentale (ou plus réelle) que la réalité dans laquelle la vie humaine se passe2. Cet idéalisme met en valeur la primauté de cette réalité fondamentale et absolue plutôt que la réalité phénoménale de lexistence quotidienne. Bien que l’individu possède la capacité de reconnaitre cette primauté idéaliste, il faut avoir recours à un système supplémentaire avec lequel cette croyance peut se manifester dans la vie externe de l’individu. De cette façon, la nature abstraite et idéaliste du Sâmkhya trouve une voie pour atteindre les vérités métaphysiques en ce qui concerne la constitution du monde. En dépit de la suffisance en soi même du Sâmkhya, cette analyse suggère que le Yoga existe comme « son application naturelle », même une extension nécessaire du Sâmkhya.

Mais selon la citation ci-dessus, tout laction du yogin  est « incompréhensible » s’il ne s’appuie pas sur les enseignements du Sâmkhya. Autrement dit, labsence d’une compréhension forte des principes du Sâmkhya rend inéluctable l’échec ultime du yogin. Donc, le passage souligne une dépendance mutuelle entre les deux systèmes dans la mesure où le Sâmkhya permet au yogin de posséder une base théorique pour diriger ses actions d’une manière organisée et logique.

En fait, Michaël montre clairement dans quelle mesure le Yoga dépend du Sâmkhya pour son orientation. Leur but fondamental commun consiste à mettre fin à la souffrance de la condition humaine en transcendant la vie phénoménale grâce à un ajustement intérieur; cet ajustement conduit à une jonction ou une union (la signification du mot « Yoga ») de l’homme et du divin, du fini et de l’absolu. Cette orientation dérive directement du Sâmkhya ainsi que les étapes de la progression du yogin dans ses efforts pour transcender la vie phénoménale. Ces étapes correspondent aux niveaux ontologiques du Sâmkhya. En discutant des bases doctrinales du Yoga, l’auteur remarque « l’évidente unité de l’univers, dont les productions évoluant et se dissolvant dans un ordre défini, présentent une continuité du plus subtil au plus grossier » (30). Cette « continuité » consiste en « un ordre » de manifestation ou « dactuation de ce qui est déjà, latent et indifférencié, dans la Substance-Cause originelle » (31). Le Sâmkhya montre la manière dont cette actuation se déroule de la cause originelle aux facultés du sujet fini. En revanche, le Yoga traite la façon dont les efforts du yogin peuvent renverser au niveau subjectif cette actuation pour qu’il puisse se résorber dans l’absolu, c’est-à-dire la cause primordiale. La progression de cette résorption correspond au sens inverse des niveaux de l’ordre dans lequel le monde se manifestait. Ainsi, la relation entre le Sâmkhya et le Yoga nest pas marquée uniquement par une complémentarité théorique-pratique ; ils se servent de la même fondation ontologique, l’un vers le fini, l’autre vers l’infini

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1 J’utilise le même système d’accents pour les mots sanskrits que Michaël utilise.

2 On remarque une fondation similaire dans les Formes de Platon et dans l’idéalisme allemand.

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