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Fr. 608

March 30, 2015

La justification a-t-elle pour forme un énoncé de portée universelle abstrait de tout contenu particulier et adressé à titre de savant à un public universel, lui-même composé de savants? Ou la justification s’adresse-t-elle à des publics particuliers et distincts en passant par un individu historique concret à qui l’on pourrait attribuer la proposition et par rapport à qui un contexte cognitif pourrait être déterminé? Pour Kant, la justification est étroitement liée à sa notion d’autonomie qui, selon Jeffrey Stout, “consiste en son indépendance de l’autorité traditionnelle et en sa capacité d’occuper un point de vue, en exerçant son propre jugement, qui se distingue fortement d’autres perspectives qu’il pourrait occuper – notamment de celle d’un croyant très sûr de savoir ce qu’est le bien pour nous” (The Flight from Authority, p. 234). D’où la forme épurée que doivent prendre les usages publics de la raison pour s’éloigner des usages uniquement privés, tels que Kant les présente dans “Réponse à la question: Qu’est-ce que les Lumières?”. Car Kant comprend par ces usages une différentiation préliminaire de la personne selon les fonctions qu’elle peut occuper dans la société et la vie quotidiennes (le gouvernement, la religion, etc.) ainsi qu’une distinction plus radicale entre, d’une part, les éléments de justification découlant, d’une part, des “traditions” et “institutions” dans lesquelles la personne est impliquée et, d’autre part, ceux découlant de son autonomie rationnelle épurée de toute considération contingente et étant par ce fait identiques pour tout acteur rationnel. Dans la mesure où cette différentiation fraye le chemin vers une société fortement compartementalisée, comme la nôtre, les domaines privés étant désormais isolés de ceux publics, on peut, avec Jeffrey Stout, considérer Kant comme le plus grand philosophe de la différentiation. Pour Stout, ce rôle est dû à une double erreur de la part de Kant: d’abord, de retirer aux usages privés la possibilité de faire progresser la raison et la connaissance depuis l’intérieur d’une tradition; ensuite, d’écarter (en accord avec l’usage public de la raison) les éléments nécessaires à la justification de n’importe quel usage de la raison, c’est-à-dire la référence à l’individu historique concret et à son contexte cognitif. Alors, nous proposons de nous pencher sur les écrits de Stout afin de montrer combien la position kantienne nous laisse dans une “impossiblité épistémologique” et politique en raison même de la conception de la personne, de la raison et de la justification dans “Qu’est-ce que les Lumières?”. Suivant la critique stoutienne, il restera à voir ce qui subsiste de la distinction kantienne entre les usages public et privé de la raison et quelle utilité peut encore lui être attribuée.

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