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Fr. 610

April 2, 2015

2. On pourrait se demander si Kant confond ses intentions avec celles de la nature qu’il évoque si souvent dans le texte. La raison pour laquelle Kant se sent en mesure d’attribuer des intentions à la nature (sous forme de postulat, on peut supposer) tient à la distinction entre le noumène et le phénomène ainsi que celle entre l’analyse et la synthèse. Or, c’est précisément de telles distinctions que l’historicisme pragmatique se donne pour tâche de dissoudre, comme dans l’ouvrage incontournable de Quine, Word and Object.

A la base, Kant tente de montre du philosophe:

comme il ne peut présumer un dessein raisonnable propre aux hommes et à la partie [qu’ils mènent], il a la possibilité d’essayer de découvrir un dessein de la nature dans le cours insensé des choses humaines; de telle façon que, de ces créatures qui agissent sans plan propre [ment humain], soit pourtant possible une histoire selon un plan déterminé de la nature.

Pour arriver à ce dessein, l’auteur part d’une proposition synthétique visant la précision de ce qu’est la nature. Formulé de façon réductrice, la nature consisterait en le développement d’une fin. Une analyse du terme de nature semblerait rejoindre la proposition synthétique dans la mesure où la vie renvoie à une fin en raison de son organisation même. D’où la première proposition et son explication:

Toutes les dispositions naturelles d’une créature sont destinées à se développer un jour complètement et en raison d’une fin.

C’est vérifiable chez tous les animaux, non seulement par l’observation externe, mais aussi par l’observation interne, par la dissection. Un organe, dont la destination n’est pas d’être utilisé, une structure qui n’atteint pas son but est incompatible avec une étude téléologique de la nature. Car, si nous nous écartons de ce principe, nous n’avons plus une nature conforme à des fins, mais un jeu de la nature sans finalité, et le hasard désolant détrône le fil directeur de la raison.

Par conséquent, la signification du terme “nature” se résumerait en une fin et, en tant que fin, cette signification est soumise à toutes les exigences d’une étude téléologique comme la propose Kant. Notamment, en tant qu’espèce naturelle, l’humanité serait soumise à ces mêmes exigences et aurait alors une fin précise. Par ailleurs, la nature elle-même lui poserait cette fin. On voit facilement la manière dont Kant part d’une analyse conceptuelle de la nature à l’enchaînement des propositions dans la synthèse.

En d’autres termes, Kant part de la signification de la nature pour arriver à une vision globale de ce que sa définition nous permet de croire à son sujet. C’est grâce cette distinction entre la signification et l’attribution, entre l’analyse et la synthèse, qu’on accède à l’intention de la nature. Et c’est ainsi que procède la justification dans l’Idée d’une histoire universelle. Pourtant, la justification en vue de la signification et l’attribution s’avère plus compliqué que Kant ne le croyait. Pour un penseur comme Stout, de tels procédés aboutissent à la confusion:

Once we confine ourselves […] to intersubjective criteria of identification and classification, we shall have no way to establish a sharp distinction between changes in meaning and changes in belief. If the meaning of a word or sentence is a matter of regularities in the actual use of linguistic expression, and if we use expression differently when we change out minds on important matters (such as the existence of God, the validity of Euclidean geometry, or the question of which authorities to accept), then meanings change along with beliefs. They reflect beliefs. How, then, can they figure in the traditional quest for ultimate justifications? The appropriate response to this question […] is not to search for some class of privileged entities that might secure ultimate justifications at precisely the point ideas and meanings failed. (Flight from Authority, p. 19)

Si l’ultime justification à laquelle Kant a recours dans l’Idée est précisément celle d’une analyse de sens, sa démarche aura le même sort. Car la signification kantienne du terme “nature” est élaborée en vue d’une croyance sur la nature, également kantienne. C’est pourquoi la signification du terme “nature” et la justification revêtiraient une autre forme pour un penseur différent et lui mènerait à attribuer à la nature une intention différente de celle kantienne. Tout cela mène Stout à son tour à proposer une vision de la justification à l’opposée du procédé de Kant:

Holism […] consists simply in the view that language cannot be divided up in the way envisioned by proponents of the distinctions between the analytic and the synthetic, theory and observation, or fact and value.

De cette définition, on pourrait tirer la conclusion stoutienne que l’intention de la nature dérobe des intentions humaines, voire kantiennes.

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