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Fr. 627

May 14, 2015

Pour un discours normalisé ou anormal: Kant face à Stout, Stout face à Kant

Dans “Réponse à la question: Qu’est-ce que les Lumières?”, Kant se donne pour tâche de garantir “la plus inoffensive de toutes les libertés, celle de faire publiquement usage de sa raison en toutes choses” et, par là même, de fonder le progrès des lumières dans un discours public de type normalisé. La démarche de Kant se révèle normalisante dans la mesure où elle “rend commensurable toute contribution au discours dans un domaine” (Jeffrey Stout, Ethics After Babel, p. 294): dans l’usage public, tout interlocuteur part d’un vocabulaire épuré, “à titre de savant”, pour s’adresser à un public de “lecteurs” de sorte que tout autre interlocuteur peut accepter les raisons du premier, peu importe sa fonction dans la société. Une telle normalisation des conditions de pratiques discursives peut-elle réellement faire progresser la société humaine comme le prétend Kant? Certes, un discours normalisé rend compte de la fragmentation de l’autorité et du bien commun dans la société moderne. Mais il résiste à l’effort de certains interlocuteurs, peu satisfaits de ses prétentions libérales fondationnalistes, d’y apporter de nouveaux éléments justificatifs issus non pas des usages publics de la raison mais de ceux dits “privés”. Car, pour des interlocuteurs tels que Jeffrey Stout, la discussion qui fait réellement progresser la société cosmopolite passe par l’écoute, “l’interaction conversationnelle” et la critique improvisée dans un “discours anormal” (idem.). À force de vouloir fonder les critères du débat en avance, on le rendrait en même temps stérile. Si cela constitue une critique forte d’un discours normalisé kantien dont les principes sont fondationnalistes, il n’exclut nullement un discours normalisé kantien de type non-fondationnaliste. Il suffirait de supposer une raison pratique et un discours modaux, modérés et sensibles aux particularités des interlocuteurs, selon lesquels l’usage public consiste à proposer des raisons qui pourraient être adoptées de façon cohérente par tout interlocuteur dans le domaine en question (cf. Towards justice and virtue, Onora O’Neill). Dans cet optique modal, l’usage public résiste-il mieux ou finit-il par se rapprocher de ses critiques, plus qu’on ne le soupçonne?

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