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Fr. 633

May 28, 2015

6. Deuxième considération sur les histoires concrètes. En soustrayant les histoires concrètes au profit d’une perspective “divine”, Kant se donne pour but un récit de portée universelle. Par là même, il écarte toute tentative, d’une part, d’établir de quelle façon les problèmes d’une periode lui sont propres (notamment, le problème de coopération appartenant au libéralisme, comme le montre le cas de Rawls). D’autre part, il n’est plus question d’esquisser d’autres explications des mêmes faits (comme on a déjà précise par rapport à la crise d’autorité dont Stout parle). Bien au contraire, il faut supposer une progression continue et cela pour la simple raison que le manque de continuité perturberait l’auteur. Le récit de Kant est-il même une instance de la mauvaise historiographie? Car on peut très bien se demander quel est le sens d’une histoire universelle. En d’autres termes, quel est l’intérêt d’écrire une histoire de tout et non d’une partie? Pourquoi tenterait-on d’intégrer toute anomalie dans un schéma sans tenir compte de ses particularités? —-

À partir de cette perspective divine, Kant esquisse ce qui résume toute l’histoire de l’humanité et relie les événements des périodes révolues à ceux du présent: l’autonomie ou, plus précisément, l’auto-suffisance de l’être humain. Pour arriver à cette position, l’auteur a encore recours à l’image de la nature dont il s’est servi dans les propositions précédentes. Précisément, la nature a fait les choses et les rapports de sorte que l’être humain a toujours à tirer de lui-même les solutions aux problèmes qu’il rencontre tôt ou tard:

La nature semble ici s’être complue dans sa plus grande économie et elle a mesuré au plus juste, avec beaucoup de parcimonie, sa dotation animale pour le besoin [pourtant] extrême d’une existence commençante; comme si elle avait voulu que l’homme, quand il se serait hissé de la plus grande inculture à la plus grande habileté, à la perfection intérieure du mode de penser, et par là (autant qu’il est possible sur terre) à la félicité, en eût ainsi le plein mérite, et n’en fût redevable qu’à lui-même; comme si également elle avait eu plus à cœur l’estime de soi d’un être raisonnable que le bien-être. Car il y a dans le cours des affaires humaines une foule de peines qui attendent l’homme. Il semble pour cette raison que la nature n’ait rien fait du tout pour qu’il vive bien, [qu’elle ait] au contraire [ fait tout] pour qu’il travaille à aller largement au-delà de lui-même, pour se rendre digne, par sa conduite, de la vie et du bien-être.

Dépouvru des dons naturels des autres animaux, l’être humain doit faire face aux précarités de la vie en se servant du peu de moyens fournis par la nature: la raison, l’autonomie et le travail continu de l’espèce. Les usages qu’en fait l’humanité ne découlent ni de la nature ni de son instinct. Bien que ces usages soient néanmoins conformes à l’intention de la nature selon Kant, ils n’en sont pas moins l’invention de l’être humain et le fruit de son raisonnement indépendant. Dans cette optique, tout tend vers le progrès et les Lumières, le but final de la nature, quelle que soit sa manifestation dans les décisions et les évènements qui y mènent.

Pour cela, l’auto-suffisance de l’homme rassemble même les évenéments les plus distants, l’un par rapport à l’autre, pour tout réorienter vers le progrès et la société des nations.

C’est alors que les talents se développent peu à peu, que le goût se forme, et que, par un progrès continu des Lumières, commence à s’établir un mode de pensée qui peut, avec le temps, transformer la grossière disposition au discernement moral en principes pratiques déterminés, et ainsi transformer enfin un accord pathologiquement arraché pour [former] la société en un tout moral.

Par ailleurs, Kant n’épargne pas les conflits les plus profonds et les forces les plus opposées; tous les deux cèdent à la logique kantienne et en deviennent le moteur même. Car ce n’est pas que la nature à laquelle l’être humain doit faire face mais, en plus, l’autrui. En bref, les usages contraires ou rivaux que l’humanité fait de ses ressources communes (la raison, l’autonomie et le travail continu de l’espèce) conduisent, malgré tout, à la même destination, celle que prévoit l’intention de la nature. Cette considération mène Kant non pas à plaindre la rivalité des êtres humains mais à la louer!

Les hommes, inoffensifs comme les moutons qu’ils font paître, ne donneraient à leur existence une valeur guère plus grande que celle de leurs bêtes d’élevage; ils ne combleraient pas le vide de la création au regard de sa finalité, comme nature raisonnable. Que la nature soit donc remerciée, pour cette incapacité à se supporter, pour cette vanité jalouse d’individus rivaux, pour l’appétit insatiable de possession mais aussi de domination!

Doit-on voir dans la volonté de rattacher le conflit au progrès comme la vérité des circonstances entourant l’être humanité? Ou bien cette volonté représente-t-elle le seul moyen de supprimer et d’obfusquer les buts opposés de l’humanité grâce à une logique sous-jacente? La preuve ou la réfutation, l’on doit la chercher dans les ressources que proposent cette logique pour expliquer divers faits et dits de l’humanité.

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