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Fr. 634

May 29, 2015

Malheureusement, à la postulation des différents niveaux d’interprétations des faits historiques Kant ne joint aucun exemple concret pour montrer comment on procède pour séparer les uns des autres. Certes, il fait appel à une explication d’ordre général pour soutenir la proposition:

Les mobiles naturels, les sources de l’insociabilité et de la résistance générale, d’où proviennent tant de maux, mais qui pourtant opèrent toujours une nouvelle tension des forces, et suscitent ainsi un développement plus important des dispositions naturelles, trahissent donc bien l’ordonnance d’un sage créateur.

Mais, s’il s’agit désormais de ne plus prendre le sens premier des faits historiques pour leur sens propre, ces mêmes faits perdent tout sens qu’ils pourraient pour les êtres humains finis, limités dans l’espace et dans le temps. En d’autres termes, l’appréhension humaine d’une situation se révèle trompeuse, erronnée, voire illusoire. Ce que l’être humain voit dans la suite des événement et le développement qui en résulte ne lui fournit aucun biais pour appréhender le véritablement mouvement de la nature et du progrès. Dans la mesure où il serait nécessaire pour l’humanité de tout prendre au second degré, pour ainsi, rien n’ayant du sens au premier degré, le monde tel que l’humanité le connaît serait perdu. À la fin, le monde se retire de l’humanité et l’humanité se rétire du monde.

C’est ainsi que l’action humaine se trouve soumise à des moyens obscurs et indisponibles à la raison finie, limitée dans l’espace et le temps, quand il s’agit même des fins proprement dites humaines. Car le progrès, que cible l’intention de la nature et auquel parvient l’être humain grâce à son auto-suffisance rivalisatrice, issuerait dans “une constitution civile parfaitement juste”:

[…] puisque c’est seulement dans cette société que l’intention suprême de la nature peut être atteinte, à savoir le développement, en l’humanité, de toutes ses dispositions, et que la nature veut aussi que l’humanité soit dans l’obligation d’accéder par elle-même [à ce stade] comme à toutes les fins de sa destination; aussi il faut qu’une société dans laquelle la liberté, sous des lois extérieures, se trouvera liée au plus haut degré possible à une puissance irrésistible, c’est-à-dire une constitution civile parfaitement juste, soit la tâche suprême de la nature pour l’espèce humaine, car la nature ne peut mener à leur terme ses autres desseins, avec notre espèce, qu’en trouvant le moyen de réaliser cette tâche et en l’exécutant.

Dans la vision kantienne du progrès, reste-t-il à l’humanité les moyens pour s’assurer de la bonne orientation de leurs actions, c’est-à-dire envers le progrès? Comment l’être humain parvient-il à la plus haute des constitutions si le sens profond de ses actions lui est obscur? À cette effet, Kant propose une ébauche de la manière dont les rivalités, sous la forme de la guerre, ne font que subordonner la libérté dite “brutale” pour viser une meilleure organisation de la société humaine:

[…] renoncer à sa liberté brutale et chercher dans une constitution réglée par la loi le repos et la sécurité. Toutes les guerres sont donc autant d’essais (certes pas dans l’intention des hommes, mais dans l’intention de la nature) de mettre en place de nouvelles relations entre États et, par la destruction, ou du moins par le démembrement, de former de tout nouveaux corps qui, à leur tour, soit par eux-mêmes, soit à cause de leur proximité, ne peuvent se conserver et doivent par là essuyer de nouvelles et semblables révolutions; jusqu’à ce qu’enfin, un jour, en partie par la meilleure organisation possible d’une constitution civile à l’intérieur, en partie par une convention et une législation communautaires à l’extérieur, un État soit fondé qui, semblable à une communauté civile, puisse, tout comme un automate, se maintenir par elle-même.

Cela suffit-il à rémédier à la carence dont on a signalé plus haut la présence dans la pensée de Kant?  Si la présentation des relations internationales comme autant d’expériences dans un vaste laboratoire de l’humanité se montre plus proche d’autres approches historiques ou même historicistes à l’histoire de l’humanité, il n’en pas moins clair que cet aspect éxpérimental de l’histoire souligne encore à quel point l’être humain est isolé du sens profond des événements dont il est lui-même l’auteur. Ce pas ver l’historicisme, au sens d’une élaboration des problèmes propres à une époque et un contexte socio-historique, ne suffit pas pour effacer le défaut au coeur de ce projet. Tant que les intentions de l’être humain par rapport à une action ne correspondent pas à l’intention de la nature, il est à la dérive. D’autant plus que les auteurs des actions et des événements n’ont pas entrepris ces derniers en vue d’un but si noble.

Pour l’humanité, le sens profond de tels conflits assure que l’histoire progresse vers les Lumières et la constitution civile juste. Reste que cette approche de l’histoire écarte d’autres possibilitiés d’explication qui pourraient rendre mieux compte, au niveau de l’appréhension humaine, des développements et de la suite de l’histoire. Mais comment l’approche historistice se rend-elle mieux compte des mêmes développements?

 

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