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Fr. 635

June 1, 2015

Mais comment l’approche historistice se rend-elle mieux compte des mêmes développements?

La supériorité de celle-ci tient principalement à la manière dont elle traite l’être humain et ses mobiles pour l’action. D’un côté, l’être humain retrouve son aspect proprement fini: être limité dans l’espace et le temps, dôté d’une raison discursive. La transcendence de la nature, qui tire de l’humanité un au-delà, dont elle ne peut guère se rendre compte, vu ses faibles pouvoirs d’appréhension et de compréhension, est désormais exclue au profit d’un point de vue qui prend en compte les moyens immanents et finis de l’être humain.

D’autre côté, l’approche historiciste vise à remettre l’histoire à la portée de l’être humain en la situant dans son contexte cognitif et socio-historique propre. Dans la mesure où l’être humain est le produit d’un contexte bien particulier et cherche à effectuer des changements dans ce même contexte, ses actions ne comprennent pas de référence à une intention qui les surplombent. C’est pourquoi les actions d’un être humain sont plus susceptibles de compréhension à l’intérieur d’une approche qui juxtapose ses mobiles humains finis aux actions et non l’intention de la nature. Autrement dit, les actions d’une période ont pour cible les problèmes propres à la période.

Comme la présente Jeffrey Stout, la compréhension proprement historiciste en philosophie (et d’autres domaines encore) rappelle l’importance de situer les développements, bouleversements et innovations dans le contexte du penseur. Par exemple, le cas de Descartes montre à la fois combien ses innovations proviennent du démantèlement de la scientia et cernent les manières de rétablir une autorité comme cette dernière. Alors, ses concepts découlent non pas d’une volonté de définir de façon a priori ce qu’est la connaissance afin de la transmettre à des générations ultérieures. Bien au contraire, sa démarche tient à un souci vis à vis le sort de la connaissance à son époque, c’est-à-dire de préserver ce qui reste de la certitude dans les jugements. Les innovations qui viennent modifier les solutions de Descartes procèdent d’encore autres problèmes, une évolution qui a pour résultat que le problème de Descartes n’est plus actuel.

On pourrait entamer une critique similaire du problème de Kant. Admettons que le problème de Kant soit ici le problème libéral classique de la coopération: comment rassembler des entités auto-suffisantes sous une forme politique adéquate à leurs origines? S’il se peut que le problème de la coopération soit le nôtre, il se pourrait aussi bien que notre problème soit autre que cela. On peut penser que la coopération entre diverses personnes dans le domaine public fait l’objet d’un accord plus ou moins universel: la coopération se montre essentiel au bon fonctionnement de la société. Par conséquent, ce n’est pas la coopération qui pose problème dans la société d’aujourd’hui. Au contraire, selon une interprétation plus stoutienne, c’est l’interaction libre entre égaux qui manque. Même si une telle inteprétation s’avère erronnée, il reste important de prendre une certaine distance par rapport aux problèmes dits éternels et aux interprétations classiques de ceux-ci.

Certes, on pourrait, malgré l’optique de problématisation qui remet en avance l’être humain, supposer l’agencement de l’intention de la nature en dessous de la suite historique des événements. Mais quel besoin y’a-t-il d’admettre une intention de la nature à laquelle on n’a pas accès?

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