Skip to content

Fr. 708

January 27, 2016

N’applique point à la vérité l’oeil seul, mais tout cela sans réserve qui est toi-même (Paul Claudel, “Le porc”, Connaissance de l’Est, p. 96).

Que l’être humain serait-il sans tête? Si l’on ne trouve pas de réponse convenable à cette intérrogation, cela tient vraisemblablement au fait que l’homme acéphale, ce n’est qu’une fiction, une abstraction du plus haut ordre. Or, cette image de l’être humain sans tête jouit d’une actualité et d’une puissance toujours renouvellées dans le savoir et cela dans la mesure où le savoir nous incite à faire abstraction de notre particularité, de notre existence quotidienne.

À cette vision de l’être humain s’oppose le mot de Claudel. Car, dans l’observation tout comme le jugement, l’être humain ne saurait être une perception pure, sinon épurée et une mesure de notre particularité s’y joint de façon inévitable. Autant que l’on veut élever la perception à un état de plus en plus raffiné (si l’on ne pourrait se permettre “distillé”), n’empêche que des impurités s’y introduisent ou, plutôt, restent.

Tant que l’on renie à la prétention transcendante de la connaissance humaine, l’on est conduit vers une vision historiciste en teneur, selon laquelle l’individu est un produit de son époque et porte en lui les marques de son histoire personnelle, c’est-à-dire son appartenance à des groupes sociaux. D’après une telle vision, il ne peut être nullement question de faire abstraction de son être entier.

Cela ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a pas d’objectivité mais la seule objectivité que l’être humain peut est celle de mesure, d’approximation. S’il n’est pas plus possible pour l’homme de faire abstraction de la tête entière, il lui reste des moyens pour sortir, dans une certaine mesure, de la tête afin de tourner les yeux sur le monde ou même de les retourner sur lui-même. Tout comme dans l’observation empirique où l’utilisation d’appareils de pointe doit passer tout de même par la perception humaine, toute tentative d’objectivité pure saurait être autre qu’une réussite approximative, mi-ratée.

À l’observation et au jugement s’appliquent inévitablement le contexte cognitif que nous y apportons, bon gré, mal gré.

 

Advertisements
No comments yet

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: